K’PTAIN KIDD

FEELIN’
ROCK PARADISEk-ptain-kidd
Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter Tony Marlow, cet exemple d’intégrité et d’authenticité qui prêche inlassablement la bonne parole du rock ‘n’ roll depuis plus de trois décennies (bientôt quatre même !). Tony Marlow fait partie intégrante de cette catégorie d’artistes qui ne restent pas sur le quai d’une gare désaffectée, tout en se regardant le nombril. En effet, Tony se situe plutôt dans l’obédience de la race des seigneurs, ceux qui vont de l’avant et qui débordent d’audace et d’énergie positive. A quoi servirait-il de rester les deux pieds bien calés dans ses starting-blocks ou le cul sur son sofa, sans aucun projet qui se dessine à l’horizon, avec pour seul leitmotiv les fantômes du passé ? A rien bien évidemment ! Depuis que j’ai cette chance inouïe de connaitre personnellement Tony Marlow, je peux vous confirmer que ce véritable rocker, se situe aux antipodes de l’immobilisme artistique. Il est habité par la rock ‘n’ roll attitude et aime prendre des risques. Sans refaire sa biographie qui sans conteste, pourrait faire l’objet d’un bouquin, on citera quand même ses groupes incontournables et mythiques, comme les Rockin’ Rebels ou Betty and the Bops. Sans oublier ses périodes swing et surtout, ses immenses capacités d’organisateur et de découvreur de nouveaux talents, lors des soirées ‘Rock Frénésie’ à la Chapelle des Lombards et au Slow Club et maintenant lors des soirées ‘Rockers Kulture’ au New-Morning et lors de la réalisation de compil’ en association avec Patrick Renassia du label Rock Paradise.
Après d’excellents albums sous son nom comme ‘Knock Out !’ ou plus récemment ‘Rockabilly Troubadour’, qui incontestablement auraient mérité un meilleur retentissement médiatique et un meilleur succès commercial, bref qui auraient amplement mérité de casser la baraque, Tony Marlow nous revient plus motivé que jamais, avec un album hommage à Johnny Kidd & the Pirates, sous le nom de K’ptain Kidd (Rock Paradise). Bien sûr, lorsque l’on parle de rock ‘n’ roll anglais, on cite souvent et à juste titre, Vince Taylor, Cliff Richard & the Shadows, Tommy Steele, Billy Fury ou encore Marty Wilde… Mais celui qui se démarquait par son empreinte personnelle et son originalité, était bien Frederick Heath, plus connu sous le nom de Johnny Kidd, très influencé à la base par le rhythm and blues noir de Bo Diddley ou d’Arthur Alexander. J’entends déjà certains béotiens à l’esprit fruste et étroit clamer haut et fort, que ce genre d’albums de reprises en hommage à un artiste unique, est inintéressant et démontre un manque évident d’inspiration… En ce qui concerne K’ptain Kidd, je dirais simplement à ces personnes bien-pensantes, qu’elles rangent leurs kalachnikovs au placard et qu’elles remballent illico leurs velléités de destruction massive au vestiaire, car avec ‘Feelin’’, rien n’est laissé au hasard et que tout en respectant l’œuvre originale de Johnny Kidd, Tony apporte indubitablement son style, sa touche personnelle, sa générosité tous azimuts et son vécu. Il ne s’agit pas d’un énième album hommage, ou d’un fac-similé dénué d’un quelconque intérêt. A l’instar de Dick Rivers avec ‘Holly Days In Austin’ en hommage à Buddy Holly ou The Capitols avec ‘Styled & Wild’ en hommage à Gene Vincent, cet opus de K’ptain Kidd est une totale réussite. Tony Marlow entouré de ses fidèles acolytes Gilles Tournon (basse) et Stéphane Mouflier (batterie), s’y montrent à leur avantage, à la fois modernes tout en respectant une certaine orthodoxie, voire un indispensable classicisme. Les guitares et les vocaux de Tony s’avèrent de plus en plus convaincants et semblent tutoyer l’allégresse. Son aisance dans cet exercice est déconcertante.
K’ptain Kidd s’attaque à bras-le-corps et sans aucun complexe aux standards de Johnny Kidd & the Pirates, dilemme cornélien en raison de la discographie torrentielle du rocker british, avec entre autres : ‘I Can Tell’ (Bo Diddley), ‘I Just Wanna Make Love To You’ (Muddy Waters), ‘Crowl’, ‘Please Don’t Touch’ (déjà repris par Tony avec Betty and the Bops), ‘Linda Lu’ (Ray Sharpe) et bien entendu l’incontournable ‘Shakin’ All Over’, qui compte parmi les grands classiques du rock britannique avec ‘Move It’ de Cliff Richard et ‘Brand New Cadillac’ de Vince Taylor. Sans oublier la compo originale du disque, ‘K’ptain Kidd’ signée Tony Marlow, qui je l’espère deviendra rapidement un hymne sur les scènes rock de France et de Navarre. Mais la langue de Molière n’est pas totalement laissée à l’abandon, avec l’explosive et démoniaque version de ‘Le Diable en Personne’ (Les Fantômes, Marie-France et Bijou, Les Chacals de Béthune avec Fred Chichin…). Le trio K’ptain Kidd se montre à la hauteur de l’évènement et cet album hommage à Johnny Kidd & the Pirates est amplement mérité, eux qui ont gravé dans le marbre tant de titres de pur rock ‘n’ roll et qui ont influencé de nombreux musiciens aussi variés et divers que The Who, Dr Feelgood (Lee Brilleaux, Wilko Johnson), Bashung, etc… Johnny Kidd avait réussi la transition entre le rock ‘n’ roll des 50’s et les groupes anglais des 60’s : Beatles, Rolling Stones, Kinks…
Lancez-vous à l’abordage de cet album de K’ptain Kidd, bandes de pirates, montrez que vous n’êtes pas des marins d’eau douce ni des flibustiers de carnaval. Appréciez sans modération le rock distillé par l’ami Tony Marlow, le rock pernicieux et dangereux, mais jubilatoire et envoûtant. Cet opus est l’une des meilleures productions de ce début d’année 2015, alors ruez-vous chez votre disquaire préféré, tels des assaillants sans foi ni loi, tels des pirates… Mille millions de mille milliards de mille sabords de tonnerre de Brest ! www.rockparadise.fr
Serge Sciboz

parue dans le n°40 de la revue

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