HARRISON KENNEDY

harrison kennedySOULSCAPE
DIXIEFROG/HARMONIA MUNDI
A l’écoute du dernier album «Soulscape» d’Harrison Kennedy, on constate que le blues traditionnel a encore de beaux jours devant lui. Son nom ne parle qu’a très peu d’entre nous, pourtant ce musicien accompli à connu dans les années 70 une renommée internationale de chanteur au sein du groupe de Detroit The Chairmen Of The Board. A cette époque il se produira également au coté de grands noms de la pop et du blues: Stevie Wonder, James Brown, Smokey Robinson, BB King, qui reconnaissent en lui un authentique artiste de soul et de blues. Aujourd’hui installé au Canada, il poursuit une carrière atypique qui le ramène aux sources mêmes de la musique noire rurale du Tennessee dont est issue sa famille. C’est cette histoire afro-américaine qui nous est comptée sur cet enregistrement direct et sans artifice. Il fait la part belle à cette voix puissante et profonde sur le traditionnel work song : « Chain Gang Holler » ou encore sur le touchant gospel « Tragedy ». Harrison est aussi un multi-instrumentiste remarquable qui explore toutes les tessitures à sa disposition : que se soit son banjo (écoutez « Woodoo » et « Nothin’ To Lose »), sa mandoline sur « Sport Fishin’ », son harmonica sur « Caught You Creepin’» ou de simples cuillères à café sur le joyeux instrumental « Nappy’s Metaphysical Rag ». Il est également très bien entouré par son trio habituel : Keith Lindsay aux claviers et au piano, Justin Dunlop à la basse et à la guitare électrique et Alec Fraser aux percussions. Ces musiciens expérimentés sont aguerris au style du blues rural et cela s’entend dans certaines finesses de l’accompagnement, comme par exemple sur le morceau western « 2 Bullets Later ». Leur complicité et leur complémentarité sont évidentes sur « Chairman Of The Board », qui reprend un morceau connu de son ancien groupe. Sur les 14 titres de l’album, on apprécie l’aspect direct de la prise de son, le peu de doublage de piste et d’artifice qui bien souvent dénaturent ce style d’enregistrement. Cela est tout particulièrement vrai pour ce genre musical, qui se veut avant tout authentique. Après une longue carrière commencée sur la scène pop et Soul, Harrison Kennedy renoue depuis plusieurs années avec ses origines qui puisent leurs racines dans le country-blues noir américain. Dès lors, il n’est pas étonnant qu’il connaisse aujourd’hui un succès grandissant auprès des amateurs de ce style musical. Le soin apporté à l’écriture des chansons, le choix des reprises et la qualité des compositions musicales sont autant d’éléments qui font de ce CD un bel ouvrage de musique traditionnelle. Mais là où il peut séduire un plus large public, c’est par la facilité évidente qu’il a de relier l’histoire du passé et celle du temps présent, la vie rurale et la vie au sein des grandes villes. Cet album est intéressant à plus d’un titre et nous aurons certainement l’occasion de reparler de cet artiste inspiré, qui devrait poursuivre une belle carrière dans le domaine du country blues.

Christophe Aïoun

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