EDDIE NOACK

Le répertoire d’Eddie Noack se fond dans un mélange de honky tonk texan et de hillbilly traditionnel voguant entre Hank Williams pour la voix et Ernest Tubb. Auteur compositeur remarquable, adulé par ses pairs, il n’aura connu qu’une carrière en dent de scie. Probablement maniaco-dépressif et plus sûrement alcoolique, cet homme tranquille aura été en conflit avec lui-même toute sa vie. Phénomène curieux, ce guitariste chanteur compositeur (il aura précocement rencontré des auteurs comme Harlan Howard ou Dallas Frazier) aura connu une plus grande renommée après sa mort. Adepte de textes parfois ironiques, Eddie Noack s’est souvent déclaré comme un adversaire du Rock n Roll, ce qui ne l’empêchera pas de graver quatre morceaux sous le nom de Tommy Wood. Cet homme discret, qui se rangeait lui-même dans la catégorie des tradionnalistes post fifties était opposé à toute dissolution et atténuation du honky tonk texan. Bob Dylan a contribué à le faire redécouvrir par le biais de ses émissions radio Theme Time Radio Hour enregistrées entre 2006 et 2009.
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De son vrai nom DeArmand Alexander « Eddie » Noack III, Eddie Noack voit le jour le 29 avril 1930 à Houston au Texas. Sa famille est issue de part son père d’Allemagne alors que la branche familiale de sa mère Ethel vient du Pays de Galles. Il s’intéresse dès son plus jeune âge à la country musique par l’entremise de son paternel, grand fan de Western Swing. Ses parents se séparent rapidement. Ses premières influences marquantes ont pour noms : Bob Wills, Floyd Tillman, Cliff Bruner et le chanteur canadien Wilf Carter (Montana Slim) qu’il voit en concert. Parallèlement, Eddie écoute aussi beaucoup la radio qui lui permet de découvrir Milton Brown et Poppa Calhoun. Le gamin écoute naturellement les artistes issus de Houston comme Bob Dunn ou le louisianais Jimmie Davis. Il commence l’apprentissage de la guitare dès son enfance par le biais de son cousin Ollie « Firecracker » Stanley tout en poursuivant une scolarité classique. A l’adolescence, il se lance dans des études universitaires intégrant l’Université Baylor de Houston et décroche deux diplômes : le premier en journalisme et le second en langue anglaise.
Mais la carrière de journaliste est quelque peu bouchée dans cette période d’après guerre et c’est à la suite d’un concours remporté au Texas Theater de Houston, avec une reprise de Red River Dave « I’m A Married Man », qu’il décide de se propulser dans une carrière musicale. Fortement influencé par les répertoires d’Ernest Tubb et de Wilf Carter, le jeune Eddie se fait les dents dès ses 15 ans lors des concours amateurs de sa région natale. Texas Bill Strenght lui permet de décrocher quelques cachets à la Dick Darling Revue. Il débute pour une radio texane implantée à Bayton en 1947, enchaîne à la KGHI de Little Rock avant d’être recruté par KETL, une station de Houston, ce qui lui permet de se faire remarquer par William « Bill » Quinn patron du label Gold Star et pionnier da la production texane. En 1949, Eddie Noack fait ses premiers pas dans un studio d’enregistrements, au Quinn Recordings de Houston, sur Telephone Road. Le jeune guitariste grave quatre titres en compagnie du cousin Ollie Stanley et du bassiste Michael Garcia sous la houlette de Bill Quinn. Son premier single « Gentlemen Prefer Blondes » couplé à « « Triflin’ Mama Blues » est aussitôt publié par Gold Star (Gold Star 1352) et connait de suite un petit succès local. Les deux autres titres « « Simulated Diamonds » et « The Pyramid Clubs » (Gold Star 1357) sortent quelques semaines plus tard mais ne connaitront qu’un petit succès d’estime au niveau régional. Au cours de l’année, Eddie Noack reviendra trois fois dans les studios de Bill Quinn pour enregistrer trois sessions de deux titres : « Hungry But Happy » (repris par Bob Wills 18 mois plus tard) / « Raindrop In A River » (Gold Star 1371), «
From On The Moon »/ « Unlucky Me » (Gold Star 711) et enfin « Green Back Dollar », que lui reprendra Gene Vincent, couplé à « Tragic Love » (Gold Star 1391) en compagnie de Cecil « Gig » Sparks. Ces titres révèlent le talent de songwriter d’Eddie Noack qui dispose, de par son parcours, d’une haute qualité d’écriture ; ces compositions gorgées de feeling et teintées d’humour conjuguent au mieux country texane post war et honky tonk, registre alors dominant. Mais malgré un vocal enthousiaste et plein de pétulance et des orchestres soudés comme de petits oignons, le succès commercial est loin d’être au rendez-vous. Ces singles Gold Star d’Eddie sont loin de se vendre aussi bien que le hit « Jole Blon » gravé en 1947 par Harry Choates & his Fiddle qui grimpa à la 4ème place des charts. Et pourtant le travail d’Eddie Noack fait l’admiration de sa corporation, notamment d’ Hank Williams avec lequel il participera à une tournée. C’est à cette époque qu’Eddie va rencontrer Sonny Burns, pas encore chanteur, qui va lui prêter main forte à la guitare sur quelques concerts.
En octobre 1951, il participe à l’enregistrement de trois titres de R.D. Hendon & Western Jamboree Cowboys sur lequel il officie au chant et à la guitare rythmique. Enregistrée à Houston au Gold Star Studio situé sur Brook Street, cette séance est cette fois produite par Pappy Daily. Outre Eddie, on y retrouve le chanteur de Beaumont RD Hendon, le batteur Don Brewer, les guitaristes « Gig » Sparks et Charlie Harris, Jay Ingham à la steel et Tiny Smith à la contrebasse. « I Can’t Run Away » composé par Eddie connait un petit succès local édité par la firme 4-Star. Ce titre sera repris par Jimmie Dolan pour Capitol et Hank Locklin chez Decca. R.D. Henson était surtout connu pour être le propriétaire d’un petit club et le manager de son propre groupe.
En janvier, février et mars 1952, Eddie enregistre toujours avec la même équipe complétée du fiddler Woody Carter et du guitariste John Redd sept titres. « Please Mr. Postman » couplé à « There’s A Place In My Heart » (4-Star 1599) et « I’m Going See My Baby» / «Nervous Breakdown» (4-Star X41) apparaissent alors dans les bacs des disquaires. A la fin de cette même année, il grave deux nouveaux morceaux sous l’appellation Eddie Noack & The Pecos Valley Boys qui voit les arrivées du bassiste Buck Henson et du steel guitariste Joe Brewer.
Mais le meilleur reste à venir, en 1953 Eddie compose et enregistre lors d’une session une version de « Too Hot To Handle » (titre « à manier avec précautions » inspiré par sa future épouse Dolores) suivi de « Powder and Paint ». Outre Sonny Burns, Joe Brewer, Buck Henson, Eddie fait appel au violoniste Eddie Caldwell et au pianiste Theron Poteet. Bill Quinn qui parfois loue certains de ses singles à d’autres petits labels (Nucraft Records, Freedom) décide de vendre les droits de « Too Hot To Handle » au label TNT de Bob Tanner. L’enregistrement est marqué par un changement de matériel, Bill Quinn ayant investi à la fin de l’année 53 et progressé dans sa technique de capture du son. Une première version comprenant Eddie Noack et Link Davis avait été enregistrée mais non pressée par 4-Star. La chanson sera reprise par plusieurs artistes : Jimmie Skinner pour Decca, Gene O Quin pour Capitol (avec Speedy West à la steel et le guitariste Merle Travis), Lattie Moore pour Starday en 1958, Eddie Hobat, Frankie Miller qui reprendra aussi « I Can’t Run Away » et qui suite à une maladie laissera tomber la musique pour devenir vendeur de voitures à Fort Worth. Étonnamment, Frankie Miller reprendra le titre en 2006 sur l’album « The Family Man » publié par Heart of Texas Records. Mais c’est la version gravée le 5 aout 1953 par Sonny Burns avec Eddie Noack qui restera en tête des ventes.
pochette Bear Eddie Noack
L’année 1953 va se révéler particulière pour Eddie. Il se marie avec Dolores Tunie, mais suite à sa mobilisation et son départ en Allemagne le couple ne résistera pas à l’éloignement. Il semble qu’Eddie ait perdu son père à cette époque. Celui-ci rencontre Pappy Daily par l’intermédiaire de Jack Starnes, un imprésario connu pour avoir escroqué Lefty Frizzell. Le contrat d’Eddie avec 4-Star n’ayant pas été renouvelé suite à un oubli de Bill Quinn, Daily, Don Pierce et Starnes vont s’empresser de signer le chanteur pour le label Starday. Cela n’empêche pas la firme 4-Star de sortir le cinquième single d’Eddie sous son étiquette avec « As The Band Played Paul Jones » couplé à « Pride » (4-Star X84). L’arrivée du chanteur guitariste chez Starday peut être un bon lancement, le célèbre label à rondelle jaune étant l’un des plus importants spécialistes de la country texane. C’est aussi à cette période que Noack va véritablement mettre en avant son talent de songwriter en commençant à composer pour des artistes country plus connus. Au fil des ans, de nombreuses vedettes (George Jones, Ernest Tubb, Hank Locklin, Lefty Frizzell, Hawkshaw Hawkins et surtout Hank Snow qui fera grimper « These Hands » au 5ème rang des classements) chanteront ses compositions.
Au mois de juillet 1954, Eddie entre en session pour Starday et grave quatre morceaux dont une reprise de « Gentlemen Prefers Blonde » ; seuls trois d’entre eux seront retenus : « Take It Away Lucky » couplé à « Don’t Trade » sera le premier single édité par Starday (Starday159). On retiendra que ces chansons furent enregistrées au Gold Star Studio de Bill Quinn, ancien patron d’Eddie, les deux hommes ayant toujours entretenu de bons rapports et le son nettement meilleur en qualité par rapport à certains enregistrements Starday. Cette session est marquée par l’arrivée de nouveaux sidemen : les guitaristes Lawrence « Blackie » Crawford et Joe Callahan, les fiddlers Olen et Kenneth Hays, Harold Chalker (steel), Pee Wee Reid (contrebasse) et du pianiste Gerald Desmoreaux. Au mois d’octobre, bis-repetita, Eddie retourne en studio avec trois titres dans les poches. « Left Over Lovin » sera couplé à « I’ll Be So Good To You » (Starday169), le troisième morceau « Don’t Worry ‘Bout Me Baby» figure en face B de «Fair Today, Cold Tomorrow» gravé en juillet (Starday213).
En février 1955, Eddie grave deux titres «Wind Me Up » et « If I Ain’t On The Menu » (Starday201) qui sortent curieusement avant le single précédent. Il faut attendre décembre pour que le texan retourne en studio avec une nouvelle équipe comprenant le pianiste Doc Lewis et les trois frères Doyle (Buddy, Ira et Gene). Deux singles verront le jour: « When The Bright Lights Grow Dim »/ « It Ain’t Much But Its Home » (Starday 225) et « For You I Weep »/ « You Done Got Me » (Starday 246), les droits de ce dernier étant revendus sous licence au label canadien Sparton.
A partir de 1956, Eddie laisse peu à peu les concerts de côté, privilégiant son travail d’auteur compositeur. Ce qui ne l’empêche pas de mettre en boite une dizaine de titres qui seront publiés par les labels Starday, Dixie ou Cascade Drop. Certaines de ces compositions seront accréditées à Eddie Blank, un pseudonyme. Cette année 56 est importante pour la firme Starday, c’est effectivement à ce moment que le premier LP voit le jour, avec la publication de « Grand Ole Opry’s New Star » de George Jones. Mais si Eddie est moins prolifique c’est aussi parce qu’il est incorporé dans l’US Navy d’octobre 1954 à septembre 56. En fin de compte ses sessions furent enregistrées lors de permissions. Au cours de l’année 1956, Eddie Noack résida pendant près de neuf mois dans une caserne américaine en Allemagne. Il profitera de l’occasion pour se produire lors de rares concerts notamment avec Dee Hasley, un autre country man incorporé comme lui. A leur démobilisation, Hasley se mariera avec une allemande, regagnera sa région pour monter un nouveau groupe The Southwesterners, tandis qu’Eddie ira se poser quelques temps à San Antonio. Un an après ses derniers enregistrements, Eddie fait son grand retour en studio en octobre ; lors d’une première session il met en boite deux titres « Dust In The River » et « What The Matter Joe » qui figureront sur son 9ème et dernier single Starday. A la fin du mois, le texan regagne son studio fétiche, celui de Bill Quinn et enregistre une poignée de titres qui resteront au fond d’un tiroir. En 1957, dans un article du « Country and Western Jamboree », célèbre magazine de l’époque, John Tynan écrivait que la ville de Houston devenait le paradis du Hillbilly via l’émergence de nombreux chanteurs down home (George Jones, Leon Payne, Benny Barnes, Tibby Edwards, Eddie Noack), le label à étiquette jaune de Pappy Daily permettant de faire connaitre au monde entier le hillbilly texan. Cet édito de Tynan peut aujourd’hui paraitre quelque peu exagéré, mais il faut reconnaitre que la collaboration toute nouvelle entre Daily et la firme Mercury allait permettre au producteur de prendre de l’ampleur.
L’année 1958 allait s’avérer une période charnière pour Eddie, celui-ci décide de suivre Pappy Daily qui a quitté Starday pour monter le label D. Le premier single de cette nouvelle maison de disques sera l’œuvre d’un certain Tommy Wood, pseudonyme pris par Eddie Noack de manière à ne pas froisser ses admirateurs de hillbilly et de honky tonk texan, car pendant une brève période, Eddie va se lancer dans le rockabilly avec « Can’t Play Hookey » couplé à « My Steady Dream ». La plupart des encyclopédies indiquent la date du 26 mai 1958 pour l’enregistrement de ce single. Certains chercheurs penchent sur un enregistrement fait fin 1957 toujours au Gold Star Studio en compagnie du guitariste Hal Harris, Doc Lewis au piano et Link Davis au saxophone. Toujours est-il que ce premier essai d’Eddie dans le rockabilly sera couronné de succès.
Malheureusement, Pappy Daily est peu ouvert au rock n roll, registre qu’il se comprend pas et qu’il n’apprécie guère, préférant ancrer ses productions dans un hillbilly traditionnel, souvent mollasson. Le premier grand succès du label D arrive en 1958 avec « Talk To Me Lonesome Heart » (D 1006). Interprété par James O’Gwynn, surnommé l’Irlandais Souriant, ce hit grimpe à la 16ème place des classements et va ainsi conforter Daily à rester dans des répertoires honky tonk et hillbilly des plus classiques. Le succès, au milieu de l’année, de Big Bopper avec « Chantilly Lace » qui rejoint la 3ème place des charts R&B et monte au 6ème rang des classements Pop ne fera guère réagir Daily, celui-ci reste les deux pieds dans le même sabot, ignorant tout esprit d’ouverture et frileux à toutes nouvelles tendances. Entre le mois de mars 1958 et le mois d’octobre, Eddie participe à cinq sessions enregistrant au passage 18 titres, mais Daily passe à côté du sujet. Avec son label D ou sa filiale Dart, le producteur s’oriente vers une publication peu novatrice, préférant enregistrer une myriade d’artistes qui s’avèreront peu vendeurs. Daily passe complètement à côté de la trappe, ne parvenant pas à capter l’intérêt de musiciens comme Eddie Bond, Glenn Barber ou Link Davis et Harry Choates dans des registres différents. Il y avait pourtant de quoi faire avec les nombreuses sessions d’Eddie Noack, certaines d’entre elles regroupant Hal Harris, Doc Lewis, Link Davis et Herb Remington à la steel. Certains titres seront certes édités par Dixie, sous label appartenant à Daily (avec 8 EP compilations) et le label canadien Sparton, mais le label D ne sortira cette année là que trois singles alors que « Have Blues Will Travel » (D1019) montait en décembre sur la 15ème marche des classements.
L’année 1959 s’annoncera encore plus maigre pour le texan qui ne participe qu’à deux sessions en mars et en aout, enregistrant deux petits titres à chaque passage. Lors de sa première session, il met en boite, toujours au Gold Star Studio, deux merveilles de tonk roll : « A Thinkin’ Man’s Woman » et « Don’t Look Behind » (D1060) qu’il a coécrit avec l’un des pionniers du honky tonk, Ted Daffan, installé à Houston depuis le début des fifties. Le single sort en mai et rappelle nettement Johnny Horton avec encore une fois le fulgurant Hal Harris à la guitare. Mais faute de promotion, le disque ne rentrera jamais dans les charts. A la fin de l’année, Daily publie les deux titres gravés durant l’été : « Man On The Wall » et « Relief Is Just Swallow Away » (D1094) mais une fois de plus, faute de promotion, le disque n’obtient qu’un succès d’estime auprès des radios sudistes. La nouvelle décennie allait commencer de bien meilleure façon pour Eddie. En janvier et mai, toujours dans son antre du Gold Star Studio, le texan enregistre sept titres, mais seuls les quatre premiers retiennent l’attention de Daily « Firewater Luke »/ « To Weak To Go » (D1148) et « It’s Hard To Tell An Old Love Goodbye »/ « Love’s Other Face » (D1220). Au cours de l’année, Eddie Noack rentre en session avec 11 nouveaux titres dans les poches, mais seuls « Well Still Be On Our Honeymoon » et « Raise The Taxes » seront édités (D1294) ce qui marquera son chant du cygne sous l’étiquette D.
En septembre 1960, son ami Link Davis lui conseille de tenter sa chance ailleurs, Eddie n’étant plus sous contrat avec Pappy Daily. Le texan rejoint Nashville, enregistre deux titres au Bradley Film & Recording Studio sous la houlette de Shelby Singleton : « I Slipped Out Of Heaven » et une seconde version de « Firewater Luke » avec Grady Martin à la guitare, le batteur Buddy Harman, Lightnin’ Chance à la contrebasse, le violoniste Curley Herndon et Floyd Cramer au piano. Le disque sort sous l’étiquette Mercury quelques semaines après mais ne défraie pas la chronique ; il faut dire que le single d’Eddie se retrouve intercalé dans le catalogue entre ceux de George Jones, Sarah Vaughan, the Platters, Jimmie Skinner et Benny Barnes, la compagnie à d’autres chats à fouetter que de promouvoir ce nouveau venu dans son écurie. En mars 1961, Eddie retourne dans le même studio avec la même équipe agrémentée de Johnny « Country » Mathis, un ancien du label D, avec quatre chansons à la clef : « Shotgun House », « Where Do You Go (When You Say Goodbye) », « Invisible Stripes » et « Same Old Mistakes ». Seuls les deux premiers sont mis en boite par la firme Mercury. Eddie doit encore faire face à une redoutable concurrence et à un manque de promotion digne de ce nom, la firme préfèrant placer en priorité les singles de George Jones, de Johnny Preston dont le « Running Bear » avait été classé numéro 1 Pop fin 1959 et aussi de Benny Barnes avec « Yearning » qui se classe 22ème. Le parcours de Noack chez Mercury s’arrêtera au bout de deux petits singles qui auraient mérité meilleur sort.
Entre 1961 et 1963, Eddie continue à composer pour d’autres musiciens et enregistre quelques disques sur de petits labels. Sa vie familiale est loin d’être au top, il a déjà usé la patience de deux épouses et commence à souffrir d’une addiction à l’alcool, maladie qu’il traine depuis son adolescence. Le chanteur guitariste a regagné sa ville natale de Houston et se produit parfois dans les clubs locaux, croisant parfois Link Davis, Doc Lewis et Herb Remington. Son départ de Mercury le désespère, mais le comble de l’humiliation vient du label United Artists. La firme vient de nommer Pappy Daily, son ancien producteur, à la tête de la division country et western. Dès son arrivée, le nouvel homme fort d’United convie la plupart de ses anciens musiciens pour enregistrer pour la firme, mais curieusement, parmi la myriade de musiciens texans ayant œuvré pour Daily, Eddie Noack et Link Davis sont oubliés. Si Eddie était superbement considéré par ses pairs et par les amateurs de country traditionnelle, les rapports qu’il entretenait avec Daily n’étaient pas aussi bons que le guitariste, trop gentil et naïf, le pensait. En fait Daily n’a jamais supporté que son poulain ne lui ait pas ramené plus d’argent et surtout qu’il n’ait pas connu de hit après l’enregistrement de « Have Blues Will Travel ». Lors de ces deux années, il met en boite huit singles pour de petites maisons de disques locales comme Stoneway Records, Riviera Records (label du songwriter Walt Breland) et AllStar sous la houlette de Daniel James Mechura. Ce dernier gravite depuis le début des années 50 à Houston où il enregistre des seconds couteaux locaux et sévit aussi comme producteur. Le catalogue AllStar comprend entre autre « Smilin’» Jerry Jericho, Larry Butler, Jimmy Dry et quelques artistes extérieurs au Texas comme Tommy Trent ou Hank Mizell (l’auteur du rockabilly « Jungle Rock »). Mechura s’est également spécialisé dans un registre de poem songs et dirige les labels Teen, Kool et Nu-Star. Parmi les 150 singles Allstar ce sont bien évidemment Link Davis et Eddie Noack qui constitueront les meilleures ventes du label. Le répertoire d’Eddie conjugue alors honky tonk texan rappelant Ted Daffan et une country proche de Buck Owens. Lors de ces sessions AllStar, Eddie est épaulé par de nouveaux musiciens locaux comme le steel guitariste Don Cathey, le guitariste Herbie Treece, les bassistes Wiley Barkdull, Sam Reece et Phil Parr et le fidèle Doc Lewis au piano. S’il est logiquement déçu de son départ de Mercury, Eddie peut néanmoins avoir un contrôle total de ses chansons chez AllStar.
A la fin de sa période Allstar, Eddie se marie pour la troisième fois avec Helen Hicks, une femme plus âgée d’environ dix ans. Le couple décide de rejoindre Oklahoma City. Grâce à d’anciennes relations et ses diplômes de langue, Eddie décroche un job de journaliste à la Tinker Air Force Base, l’une des plus grande base des Etats Unis, devenant éditorialiste pour une revue de l’armée.
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En 1966, la carrière d’Eddie Noack est au point mort et son avenir parait incertain. Lefty Frizzell lui lance une bouée de sauvetage en le prenant comme manager. Cette nouvelle fonction lui permet de revenir à Nashville et de gagner le cercle très fermé des auteurs compositeurs et des décisionnaires de Music City. Ce nouveau rôle va lui permettre de gérer les intérêts et la carrière de Frizzell qui, s’il demeure un excellent chanteur et artiste de country, est loin de briller pour tout ce qui est finance. La carrière d’Eddie comme manager ne va cependant pas durer longtemps. Lefty Frizzell qui a commencé sa carrière à 16 ans dans les bouges et les bars honky tonk texans a du mal à concilier vie privée et vie publique ; il est surtout victime, lui aussi, de son alcoolisme, addiction pour laquelle il a déjà fait quelques séjours en prison. La collaboration entre les deux hommes cesse au milieu de l’année 1967. Eddie se retrouve à Nashville encore une fois à la recherche d’un job. C’est à cette époque qu’il rencontre John Capps. Ce dernier, natif du Missouri, a déjà monté quelques petits labels comme K et Ozark. Mais c’est avec le petit label K-Ark (le nom venant d’une contraction avec les deux marques précédentes) que le producteur essaie de se faire connaitre à Nashville. Au départ K-Ark était similaire dans son fonctionnement au label Allstar de Dan Mechura, à part qu’il était implanté à Nashville. Le catalogue de Capps n’avait jamais défrayé l’industrie du disque de Nashville, même si on y retrouvait quelques artistes confirmés comme Onie Wheeler, Larry Steele ou Hylo Brown. Pour équilibrer son budget, John Capps emploie et enregistre des artistes amateurs ou débutants tout en utilisant avec parcimonie quelques pointures. Les deux hommes vont collaborer dès le début de l’année 1968, Eddie enregistrant deux chansons « Cotton Mill » et « The End Of The Line » (K-Ark813). La première est une ballade chantée sous forme de monologue, dans un registre à la Johnny Cash, évoquant la crise du coton pendant la Grande Dépression. La face B s’avère plus personnelle et biographique, Eddie informe ses fans qu’il est toujours présent et loin d’être enterré. Les temps sont durs pour Eddie, il se débat entre ses problèmes d’alcool, l’addiction de sa femme pour les médicaments et la drogue et des rentrées d’argents trop faibles. Lors d’une interview, sa demi-sœur Pat déclarait que sa mère payait son loyer lorsqu’Eddie vivait à Nashville. Pappy Daily, son ancien producteur, viendra à la rescousse en lui confiant un poste de représentant chez Raydee, sa nouvelle compagnie gérant la SESAC (droits des auteurs et compositeurs américains en Europe). L’ancien patron de Starday devenu une haute personnalité de l’Industrie du Disque, lui permettra aussi de gagner quelques capitaux en incluant trois de ses chansons dans un album Musicor de George Jones. Lors de la même interview, Pat déclarait que son frère et Pappy Daily avaient eu des rapports tel un père et son fils, mais qu’Eddie avait trop de caractère et trop de scrupules pour profiter de la situation, le chanteur en proie à des problèmes d’alcoolisme de plus en plus important a toujours eu peur de décevoir son ancien patron.
Au printemps 1968, Eddie rejoint le studio K-Ark situé sur la 16ème avenue de Nashville et met en boite quatre morceaux (« Buzz Buzz Buzz », « Love », « Two Brown Eyes » et « Does It Matter ») qui sont aussitôt édités. Lors d’une autre session, Eddie enregistre la composition « Invisible Stripes » et reprend « Psycho » un vieux titre totalement inusité de Leon Payne. Une légende prétend que le guitariste aveugle et ancien de la maison Starday n’ait pas voulu que son éditeur, Fred Rose, publie le titre en single de son vivant. En réalité, l’ancien leader des Lone Star Buddies est heureux que sa chanson soit reprise par Eddie Noack, le non voyant apprécie son cadet et a vécu à Houston pendant cinq ans. ; il aurait simplement été déçu qu’Eddie ne soit pas parvenu à enregistrer la chanson chez une major, ce qui lui aurait permis de toucher des droits plus conséquents. De toute façon, Payne n’en aurait que peu profité puisqu’il devait décéder en décembre 1969 d’une crise cardiaque. D’après certaines rumeurs nashvilliennes, il est presque certain que la maison d’édition Acuff-Rose ait proposé « psycho » à plusieurs chanteurs sans succès. Eddie aurait été simplement intéressé par les textes bizarres de la chanson. En peu de temps, « Psycho » gagnera ses galons de chanson culte par l’étrangeté de ses textes. La chanson conte les aventures d’un
tueur de masse : en aout 1966, Charles Whitman, alors jeune architecte plein d’avenir exécute sa femme et sa mère à son domicile puis il se barricade dans un bâtiment de l’Université d’Austin. Pendant une heure et demie il va abattre 14 personnes et en blesser une trentaine d’autres. Leon Payne avait été à l’époque choqué par cette tragédie et par un monde qu’il ne comprenait plus. Certains chercheurs pensent toutefois que les paroles de « Psycho » peuvent également se rapporter à Richard Speck, qui massacra huit élèves infirmières à Chicago en juillet 1966. Ce n’était pas la première fois que des évènements similaires inspiraient la musique country : Johnny Paycheck avec « Pardon Me (I’ve Got Someone To Kill) », Willie Nelson avec « I Just Can’t Let You Goodbye» ou Porter Wagoner, sur une composition
de Bill Anderson «The Cold Hard Facts Of Life», qui racontait le meurtre d’une femme et de son amant froidement poignardés par un mari jaloux et sans remord avaient déjà visité cette thématique dramatique. Mais la voix pince sans rire d’Eddie apportait un plus incontestable au titre de Leon Payne. Le titre sera repris en 1973 par Jack Kittel sur un single GRC et Elvis Costello en 1981 sur un single F Beat en face B de « Sweet Dream ». En 1965, le groupe The Sonics reprenait « Psycho » dans une version rock n roll garage accréditée par erreur (problème d’étiquette) à Leon Payne, cette version pas reconnaissable ni dans les textes ni dans la mélodie est en fait une composition de Gerry Roslie. Si « Psycho » accédait au statut de chanson culte, cela ne sera que bien plus tard. Le disque ne marcha pas comme l’espérait John Capps. Si des copies furent envoyées aux radios américaines, peu de disc jockey osaient passer le morceau à l’antenne, en dehors des radios du Tennessee. La chanson prêtait à trop de controverses et était probablement en avance sur son temps. Le titre allait même noyer la face B « Invisible Stripes » une chanson de taulard qui passera complètement inaperçue. Si cette chanson avait déjà été publiée par Mercury en 1961, la version enregistrée pour K-Ark détonnait quelque peu, Eddie ayant zappé le dernier couplet.
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Entre 1969 et 1970, Eddie retourne au K-Ark Studio de Nashville pour deux sessions ; il enregistre six chansons qui seront éditées sur trois singles K-Ark : « Barbara Joy » qui sera repris par George Jones et Bobby Barre, une chanson à boire « Beer Drinking Blues » et Dolores », une variante de Psycho aux paroles glaçantes demeurent les titres les plus marquants. La chanson « Dolores » (libre à vous d’y voir un lien avec sa première épouse) en avance sur temps, comme « Psycho », ne passa pas à la radio, le titre de la chanson n’indiquant en rien la trame des paroles. 1970 voit aussi l’arrivée de la quatrième Madame Noack, Eddie se mariant avec Maudean McDonald, celle-ci va contribuer à ce qu’Eddie arrête la boisson. Au milieu de l’année 70 jusqu’en 1972, il enchaînera avec 18 titres enregistrés sur le label de Houston Wide Word. Roy Stone, patron et producteur du label éditera cinq singles. Le titre « These Hands », inspiré de sa grand-mère et des paysages désertiques du Texas, couplé à « The Waltz Of Goodbye » connaitra de nombreuses reprises : Tex Ritter, Lefty Frizzell, George Jones, Johnny Cash et Deke Dickerson (pour les plus connues). Mais Eddie se fait surtout remarquer avec la sortie du 33 tours « Remembering Jimmie Rodgers », album sur lequel il reprend 12 titres de Jimmie Rodgers, l’inventeur de la country. La liner note au dos de la pochette sera signée par Ernest Tubb. Sur cet album hommage, Eddie Noack se montre aussi à l’aise dans le vaudeville, le yodel, le blues, le honky tonk que la country traditionnelle. En 1972, il enregistre six faces qui sortiront sur trois singles Tellet Country. L’année suivante, on le retrouve à Nashville, au Music City Recorder où il met en boite dix chansons qui sortiront en 1976 sur un album anglais Look, le public anglais et européen ne l’ayant jamais oublié. Lors de cette séance, Eddie Noack n’utilise pas moins de douze musiciens (dont DJ Fontana à la batterie) et huit choristes. En 1974, Eddie met en boite son dernier 45 tours sur le label Resco avec « A Few Good Funerals »/ « For Better Or Worse ». Ses divers petits jobs au sein de petites maisons d’édition ne lui permettent pas de subvenir aux besoins du couple, aussi le chanteur cumule un job de professeur d’anglais remplaçant. Le 29 décembre 1974, Maudean Noack met fin à ses jours en se tirant un balle dans la poitrine, avec le calibre 38 qu’Eddie garde dans sa voiture.
Eddie désespéré par ce drame va se remettre à boire. A partir de 1975, il se contente de jouer localement à Nashville dans de petits concerts avec des musiciens du crû, tout en continuant à composer. En mai 1977, Ethel, la mère d’Eddie, qui souffre d’un cancer du sein depuis des années décide d’en finir. Comme Maudean, elle se tire une balle dans le cœur. Ce nouveau drame est un coup dur pour Eddie qui a déjà beaucoup de mal à surmonter la mort de sa femme. Il tombe dans les mailles de la vodka, buvant jusqu’à deux litres par jour. Le 5 février 1978, il est retrouvé mort dans son appartement, des suites d’une hémorragie cérébrale et d’une cirrhose.
Le Kingbee

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