DICK RIVERS

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VERYCORDS
MOUCHE RECORDS

Depuis plusieurs mois, sans tambour ni trompette et sans annonce tintamarresque dans la presse people, Dick Rivers et son acolyte de génie, Oli le Baron, préparaient un nouvel album, entre Daytona Beach en Floride et la région de Cahors dans le Lot. Attention mes amis, lorsque j’écris acolyte de génie, ne pensez pas qu’Olivier de la Celle dit «le Baron» vient de l’univers féérique de la Walt Disney Pictures et qu’il est sorti tout droit de la lampe merveilleuse d’Aladdin… Que nenni ! Ce dernier est un vrai rocker, sans concession, aux guitares séminales et à l’allure chevaleresque de néoromantique, entre Lewis Carroll et Edmond Rostand sous amphétamines, qui auraient croisé le fer à la cause du rock ‘n’ roll, avec des sommités telles que Jad Wio, Sylvain Sylvain des New-York Dolls, Aubert ou encore la regrettée Anicée Alvina et le groupe de garage-rock Ici Paris. Un nouvel album de Dick Rivers, après plus d’un demi-siècle d’une carrière sans bémol à couper le souffle, reste et restera toujours un évènement considérable. N’en déplaise à certains pisse-froid et autres pinailleurs et ricaneurs professionnels, dinosaures du tube cathodique ou médias anesthésiés, voire lobotomisés par un système nauséabond, aussi impliqués dans la musique qu’un conseiller financier à la BNP PARIBAS. Car imaginez un peu le paysage musical actuel sans Dick…
Ca serait un peu comme passer d’Austin Texas au désert de Gobi, ou d’une émission culturelle présentée par Eric Naulleau ou Frédéric Taddeï à la léthargie chez Drucker ou la crétinerie chez Ruquier. Un nouvel album de Dick Rivers c’est Gary Cooper dans « Rio Bravo », c’est Burt Lancaster dans « Règlements de comptes à O.K. Corral », c’est Marlon Brando et Lee Marvin se tirant la bourre dans « L’Equipée Sauvage ». Et le nouveau bébé intitulé sobrement « RIVERS » est maintenant là, bien présent, bien palpable, dans les bacs des meilleurs pharmacies, car pour soigner les maux, rien ne vaut de la bonne musique distillée avec foi et authenticité.Déjà, rien que la photo de Dick, signée Yann Orhan, en dit long, très long… Dick se prend la tête dans la main, la bagouze universitaire américaine un tantinet arrogante, comme s’il faisait un bilan de ces 53 années passées à prêcher la bonne parole du rock ‘n’ roll tout en se disant «Putain, je suis toujours debout ! Avec les hauts, et parfois les bas, les aléas de la vie et les coups bas, mais surtout avec des rencontres fabuleuses et des moments d’anthologies, je suis resté digne et intègre et je suis toujours debout ! » Telle une œuvre de Doisneau, cette photo de Dick semblant en pleine méditation transcendantale donne le frisson. Le ton est ainsi donné… Comme à l’accoutumée, Dick conjugue son rock ’n’ roll au présent et surtout au futur, certes sans pour autant renier le passé et ses premiers miaulements twist, mais sans trop regarder dans son rétroviseur.
Il fait avec une audace et une aisance déconcertantes, le juste équilibre pour ne pas être passéiste et sombrer ainsi dans la nostalgie tous azimuts, Chats Sauvages, baby doll, gomina, Lucky Strike et autres surprises-parties, ni pour donner dans le jeunisme indigeste et calculé, style nouveau rock acnéique et pubère, pour plaire coûte que coûte aux bobos qui brunchent les dimanches au Café de Flore et aux adeptes des mojitos des bars branchés de l’Est parisien. Sans cette ligne de conduite intransigeante digne d’un membre de la communauté de l’Ordre des Chartreux qui s’impose solitude et silence, Dick serait certainement mort artistiquement ou bien il serait à l’affiche des croisières en Méditerranée Orientale d’Âge Tendre et Têtes de Bois, en compagnie de Georges Chelon, Dave ou Gigliola Cinquetti… devant un parterre composé de cadres du comité d’entreprise de chez L’Oréal ou de retraités de chez Justin Bridou.
Dick serait alors à mille lieux de jouer avec des desperados du rock comme le Baron, Junior Rodriguez, Mathias Luszpinski, ou encore Mickey Blow, l’harmoniciste diabolique qui croisa la route des Stunners, de Johnny Thunders et de Little Bob Story. Cet opus est la suite logique de « Mister D » et regorge de pépites et de purs joyaux de rock ’n’ roll, de blues-rock, de ballades à connotation country, sans pour autant accrocher tous les stéréotypes made in Nashville, et de bonne variété française. Avec Dick, le terme de « variété française » reprend ici tout son sens le plus noble et n’est en rien péjoratif. « RIVERS » se situe aux antipodes de l’escroquerie, avec un ou deux titres réussis et le reste de l’album inaudible à souhait et à jeter à la poubelle ou à brader dans le vide grenier le plus proche. « RIVERS » c’est 13 titres de haute lignée.
13 titres tous aussi différents qu’efficaces. 13 titres envoûtants, captivants et obsédants, dans lesquels la voix de Dick hors du commun est au zénith. D’année en année, d’album en album, l’intéressé se bonifie avec ce satané temps qui passe mais qui semble paradoxalement être son meilleur allié. Alors que d’autres de ses contemporains sombrent dans les abîmes, au mieux de l’à peu près, au pire de la médiocrité, voire de la facilité… Afin de planter le décor et de donner le la, on citera quelques titres comme « Si j’te r’prends » qui ouvre magnifiquement les hostilités. Il s’agit d’un titre composé par un certain Erik Sitbon, grand musicien français de country-folk et de rock ’n’ roll, avec un texte façon gouaille d’Audiard dans « Les Tontons Flingueurs » signé d’Oli le Baron. Un titre dans la mouvance des fanfares de la Nouvelle-Orléans, avec brass bands, cuivres rutilants, Honky Tonk, Dixieland. A son écoute, on se croirait à Bourbon Street avec les arômes de Jambalaya, de Gumbo ou de Crawfish mélangés aux riffs festifs du jazz, du swamp et du blues qui alimentent la chaleur de ce petit coin de France (et de Paradis). « Pas de vainqueur » est le titre phare de l’album. C’est l’adaptation française du succès du songwriter irlandais Hudson Taylor intitulé « Battles ». On retrouve également quelques titres très rock du fidèle Joseph d’Anvers comme «Mustang» ou «Les herbes hautes», quelques titres de Francis Cabrel comme notamment «L’amour m’attendait là» qui est l’adaptation somptueuse de «Make you feel my love» de Bob Dylan ou «Le rôle du rock» à prendre comme un amical clin d’œil au parcours légendaire et sans concession de Dick. Une reprise surréaliste et méconnaissable façon country avec banjo et dobro du titre de Georges Moustaki «Les Rois Serviles», ainsi que la reprise très réussie du titre de Daniel Lanois «O Marie» dans laquelle Dick excelle.
Lanois étant bien entendu un charismatique auteur-compositeur-interprète et producteur québécois de renom (Neil Young, Bob Dylan, Peter Gabriel, Nick Cave…). Ce titre étant un vibrant hommage aux acadiens francophones et à leur culture, du Nouveau-Brunswick jusqu’à l’Ile-du-Prince-Edouard. Le reste de « RIVERS » étant composé par l’omniprésent et incontournable Oli le Baron, qui depuis l’album éponyme de 2006, s’avère être une bénédiction et un véritable bain de jouvence à la carrière de Dick. De plus, quelques soient les différents auteurs, Joseph d’Anvers, Cabrel, le Baron, ce sont des textes qui collent vraiment à la peau de Dick, à la peau d’une légende de 68 balais qui depuis sa plus tendre adolescence, brûle sa vie par les deux bouts pour vivre un rêve éveillé. Un rêve appelé rock ’n’ roll. Des textes d’une maturité et d’une sensibilité rares, qui collent à la peau d’un homme sans âge qui devient de plus en plus précieux. Dick redonne une énième fois au métier d’interprète toutes ses lettres de noblesse, avec toujours cette perpétuelle quête de remise en question. Il aime les grands espaces, les horizons à perte de vue, de Nogales à Tucson en passant par El Paso et Little Rock, se mettre en danger et sa musique s’en ressent bien évidemment. Le rock pantouflard alimenté par des facsimilés n’étant pas vraiment sa marque de fabrique. Dick est l’une des dernières légendes urbaines, un lonesome cowboy à préserver, une sorte de Johnny Cash qui ferait le grand écart entre le hamburger et le pan bagnat. Comme le Perrier les lendemains d’abus de boissons à consommer d’ordinaire avec modération, les plus hautes instances de l’Etat devraient déclarer Dick Rivers d’intérêt public et classer son dernier opus « RIVERS », en connexion directe avec un poème de Beaudelaire ou une toile de Richard Hamilton, au patrimoine mondial de l’UNESCO !
Serge Sciboz

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