Billy C Farlow

Billy C Farlow au sémaphore
Billy, vous avez commencé par aborder la musique en étudiant la guitare et le ukulélé bien avant l’harmonica. Comment expliquez ce revirement ?
Effectivement, j’ai commencé par étudier l’ukulélé quand j’avais 9 ans. A 13 ans, pour 3 $, j’ai fait l’acquisition d’une guitare acoustique, une Silvertone. Puis à 14 ans j’ai découvert Sonny Terry, Junior Wells et plus tard James Cotton. Tout le monde jouait de la guitare à l’époque, aussi j’ai décidé de me mettre plus sérieusement encore à l’harmo. Je n’ai jamais regretté ce revirement. C’est un merveilleux instrument.
Les membres de votre famille pratiquaient-ils ?
Mon père chantait et jouait du piano, autrement tout le reste de la famille chantait du gospel. Mon grand père jouait du banjo lorsqu’il livrait le lait dans sa carriole attelée à Chase City en Virginie, fallait voir ! J’avais aussi un grand oncle qui avait monté une fabrique de fiddles dans sa grange et qui était réputé dans le coin.
Qu’écoutiez vous comme radio lorsque vous étiez enfants ? Et comme disque ?
Comme beaucoup d’autres, on écoutait le Grande Ole Opry ; c’était vraiment une bonne radio à l’époque. Maman écoutait aussi les programmes de gospel, de rhythm and blues et de country. Plus tard elle a même suivi les débuts du rock n’ roll. A la maison on n’avait pas de planche à billets sous le lit, on était tout de même loin d’être riche et on n’avait pas la télévision. J’ai eu mon premier tourne disque à 13 ans. Pour écouter de la musique, on n’allait dans le magasin de disque du coin jusqu’à ce que le patron nous fasse déguerpir. Tiens avec un des mes cousins, on a joué de la guitare éléctrique pour la première fois dans un magasin d’instruments, tiens toi bien, les copains se sont rassemblés, ça a commencé à danser jusqu’à ce que le proprio menace d’appeler la police si on ne dégageait pas les lieux. Au niveau des disques, je garde aujourd’hui encore un merveilleux souvenir de ces disques. Certains de ces artistes auront été de grandes influences pour moi :
45 and 78 rpm records– Elvis Presley, Milkcow Blues Boogie
Buddy Holly, That’ll Be the Day
Lightnin Hopkins, Move Your Baby
Clarence Garlow, Bon Ton Roulet
Hank Williams, My Bucket’s Got A Hole In It
Jimmy Reed, Hey Boss Man
Ray Charles, Let The Good Times Roll & One Mint Julip
Muddy Waters, Recipe For Love
Duane Eddy, Rebel Rouser
Sonny Boy Williamson, Help Me
Howlin’ Wolf, Moanin’ in the Moonlight & Spoonful
12 in. LP records—Elvis Presley (his first LP) RCA
Robert Johnson, King of the Delta Blues Singers Columbia
Junior Wells, Hoo Doo Man Blues Delmark
Hank Williams, Honky Tonkin’ MGM
Ray Charles, What’d I Say
Brother Dave Gardner, Rejoice Dear Hearts RCA
Staple Singers, Best of Vee Jay
Sonny Boy Williamson, Down & Out Blues Chess
Lightnin’ Hopkins, The Gold Star recordings Arhoolie
John Lee Hooker, Best OF Vee Jay
Comment avez-vous rencontré George Frayne et John Trichy alors que vous n’étiez pas du même coin ?
Ma famille avait déménagé au nord du Detroit au début de mon adolescence. J’ai rencontré Frayne et Trichy au cours d’une gig à laquelle je jouais.
Au début de l’aventure de Commander Cody, on dit qu’en dehors de vous-même, Lance Dickerson et des steel guitaristes, vos autres coéquipiers n’étaient que des joueurs de beuglant, tenant d’une main l’instrument, de l’autre la choppe. Vous confirmez ?
Ah non ça c’est une sacrée putain de connerie. Les membres de Cody (les Cody Boys) étaient tous issus de la classe moyenne, c’était de bons petits lycéens, sains sous tout rapport jusqu’au moment où on s’est rencontré. Je les ai mis dans le bon chemin, tant musical qu’au niveau de la vie en général (rires …).
Au milieu des seventies Commander Cody figurait parmi les 3 ou 4 meilleures formations scéniques. Ne sors t-on pas épuisé de telles tournées ?
Pas vraiment, c’était notre vie et on adorait ça …et puis regardes je suis toujours là et bien présent (Rires …)
Le magazine Rolling Stone a classé l’album « Live From Deep in the Heart of Texas » parmi les 100 meilleurs disques de tous les temps. Éprouvez vous une certaine fierté ?
Ah oui vraiment, il y a de quoi être assez fier de ça. C’est le genre de truc qui t’honore quand même. D’ailleurs l’année dernière le label SPV a édité un bon digipack de ces anciennes sessions. Tu connais puisque tu as chroniqué le double à ce que j’ai vu (Billy ne comprend pas couramment le français, il ignore donc que je suis plus mesuré quant aux publications SPV). Mais le titre de gloire que je préfère c’est le titre de meilleure formation en tournée durant 1974 à 75 décerné par le magazine Billboard. Il faut dire que c’était de la folie à cette époque.
Je pense que l’expérience Commander Cody aurait pu durer plus longtemps si la Warner avait été capable de vous produire correctement, au lieu de vous saborder, êtes vous d’accord ?
Oui en repensant bien le sujet, je suis parfaitement d’accord, c’est le moindre qu’on puisse dire. A cette période on jouait tout le temps, on était toujours en tournée dans tout le pays et même en Europe. On peut dire que Warner a « Dropped the ball ». D’un autre côté, la firme disposait aussi d’autres grands artistes : Linda Ronstadt, Dooby Bro., Jackson Browne, Grateful Dead, etc.
Revenons en à Commander Cody si vous le voulez bien. Quels sont les meilleurs titres que vous ayez composés pour le groupe ?
Lost In The Ozone, Down To Seeds and Stems Again, and Wine Do Yer Stuff
J’ai une préférence pour un titre comme « Watch my 38 », qui a composé ce morceau ?
Celui-ci est de moi aussi. J’ai écrit ce truc quand j’avais 17ans.
Au niveau de l’harmonica, quels sont les harmonicistes qui vous ont marqué ?
Sonny Boy Williamson II, Junior Wells, Howlin’ Wolf and James Cotton. Je les ai tous vus à maintes reprises, un régal à chaque fois!
Sur quel type d’harmonica jouez vous et pourquoi ? Quel ampli et micro utilisez vous ?
J’aime bien employé le Hohner Special 20 et aussi le 64 Superchromonica, Lee Oskar. Mais j’ai aussi une attirance vers le marine band qui figure toujours parmi les instruments de prédilection des vétérans. Pour le reste, j’apprécie le Shure 58 Mic et bien sur les petits amplis à lampes.
Vous avez un phrasé assez aigu, comme certains harmonicistes du Tennessee. Est-ce une marque de fabrique ?
Oui on peut dire que ça reste une particularité locale. J’aime bien m’aventurer dans une gamme assez haute, c’est perçant mais c’est le son que je préfère.
Je pense que votre jeu d’harmonica se rapproche de celui de Billy Lee Riley en plus strident ?
Billy Lee est natif de l’Arkansas, mais il a lui aussi un phrasé assez haut perché qui peut parfois rappeler le jeu de certains harmonicistes du Tennessee. C’est sur que ça n’a rien à voir avec le style de Chicago.
Cette question aurait du figurer au début, mais le C. après Billy ç’est quoi au juste ?
Ah … Chapman.
Après les années Cody, vous avez croisé la route de Fred James, DJ Fontana. Les albums sont loin d’avoir été des best-sellers. N’est-ce pas surprenant ?
Bah… tu connais le système, sans une bonne promotion il est difficile de faire connaître une œuvre. J’avoue qu’il y a des aspects qui m’échappent. Comment expliquer que des compagnies mettent de l’argent pour enregistrer et n’assurent pas une bonne promo de leurs produits. C’est un peu jeter l’argent par les fenêtres non ?
Vous avez ensuite fait équipe avec Rich Kirch. Vous étiez vous rencontré à Detroit ?
Non. J’ai rencontré Rich en Californie en 2003. Lui il est de Chicago, mais il a joué avec tout un tas de gens que j’ai côtoyé durant les sixties.
Ou vous êtes vous rencontrés avec Jean Paul ?
Avec Jean Paul on s’est rencontré par l’entremise d’un manager qui avait suggéré une tournée possible.
Vous avez passé quelques temps en Provence comme artiste Résidence, quelle impression gardez-vous de la région et des gens ?
J’aime bien cette région. Surtout la partie rurale, les petits villages et l’arrière pays. Les gens sont accueillants et avenants, ils prennent aussi le temps de vivre. Et je ne te parle pas des paysages qui sont magnifiques. Bien évidemment je souhaiterais découvrir certaines caractéristiques de la région, comme la cuisine et le vin, des domaines qui m’intéressent. Euh… sans prétention on dit que je suis un bon cuisinier.
Il n’y a pas trop de rapports entre la scène locale et celle des États-Unis ?
A vrai dire il m’est difficile de porter un jugement étant donné que je ne connais pas la scène locale. J’ai juste entendu un petit blues band pas dégueulasse, La Marque Jaune.
Lorsque je suis en contact avec des artistes américains, certains précisent que la vie de musicien là bas devient de plus en plus dure. Vous confirmez ?
Ah que oui… écoutes bien maintenant chez nous, n’importe quel putain de cochon qui peut s’acheter une guitare se croit aussitôt musicien. Quand j’ai débuté, on n’était pas aussi nombreux et la musique et son apprentissage c’était tout de même des choses sérieuses, BC_Farlow_&_TMB_(Sp66-09mar11)_167certains passaient leur vie à apprendre. Maintenant n’importe qui ou presque peut s’acheter un DVD de méthodes et jouer aussi bien que Dieu en un week end. Mettre son âme dans la musique demande quand même du dévouement et du temps. Beaucoup de musiciens ne transmettent aucune émotion et les auditeurs n’y font parfois même plus attention, ils achètent les produits qu’on leur vend.
En ce moment le sujet tendance concernant les States sont les élections présidentielles. Certains artistes ont fait savoir pour qui ils voteraient. Qu’en pensez-vous ?
Oh la Politique… un vrai bourbier ce truc, ce qui est sûr c’est que certains performeurs n’ont pas à influer les gens dans les directions à suivre. Moi j’ai une position plus ambiguë je préfère les joies de la vie, le Good Times (tu comprends ?) que des discours stériles.
Si le groupe Mercy dispose d’une bonne assise rythmique, j’ai toujours pensé que Jean Paul avait un petit quelque chose en plus, par rapport à certains. Je ne dis pas qu’il figure parmi les monstres sacrés, là n’est pas mon propos, mais il une façon de tenir la scène et le manche. Je pense que c’est inné, comme un don. En clair il a quelque chose que peu ont. Partagez vous cette impression ?
Ouais … ce qui peut expliquer que l’on soit équipiers (rires). JP est un guitariste d’enfer, et sur scène il ne lâche pas la cible et tient parfaitement la scène. Il n’arrête pas de penser, même pendant un concert. Je ne sais pas comment il fait, moi pendant un concert ou une tournée, je n’ai le temps de ne penser à rien. On dirait que ce gars est sous contrôle, même pendant des solos sauvages et destructeurs, on a l’impression qu’il dirige toujours tout, qu’il pense. Ce gars là vit sa musique.
A chaque fois que votre nom revient dans une conversation avec des vétérans américains, deux mots reviennent à l’ordre du jour : Respect et Crazy ! Cela vous surprend-il ?
Ah non…je n’y crois pas… tu me baratines ? Franchement je ne suis pas surpris par l’étiquette « crazy » parce que j’ai toujours eu du mal à me contrôler pleinement dans la vie. Le mot « Respect » me surprend beaucoup plus, mes coups de folies en ont lassé plus d’un. Mais j’ai dédié ma vie à la musique depuis mes 14 ans et c’est peut être ça que les gens retiennent, même si cela m’étonne.
J’ai eu le plaisir de chroniquer la Démo 5 titres que tu as mis en boîte avec Mercy. Pouvez-vous nous apporter quelques éclaircies sur le titre « Rockin Man » ? Est-ce un hommage à Bernard Beamon ?
Non, c’est juste une chanson de bar qui parle d’une mama qui voudrait prendre du bon temps et se secouer un peu. Elle veut mettre son cul en bombe (en français pendant l’interview). Je ne connais pas Bernard Beamon.
Est-ce vous qui avez composé « Drive me Like a Mule » ?
Ah oui… tout un programme ! On y parle de bon sexe puis d’une histoire de poisson chat bien graisseux qui va finir au barbecue et d’une nenette hyper funky qui est sapée avec une belle robe, genre sac à patate. Ça ne te plait pas ? (Rires)
Où vivez-vous en ce moment quand vous êtes en Amérique ?
Après mes années Cody, je suis reparti m’installer chez moi, dans les marais de l’Alabama, un coin assez reculé. J’aime bien la chasse et la pêche et j’adore parcourir la région loin des lumières, de la foule et du bruit de la ville.
Vous étiez à l’affiche de la Fête de l’Huma en 1973 à Paris, vous en souvenez vous ?
Ce qui me vient aussitôt à l’esprit c’est cette foule, je n’avais jamais vu autant de monde de ma vie. C’était vraiment ahurissant ; je me souviens avoir été boire quelques coups et puis avoir regagné la scène tant la foule était épaisse. Vraiment un merveilleux souvenir avec des gens sympa et des groupes vedettes de l’époque.On va essayer de finaliser ce projet lors de ma venue en mars. On verra après ce qui peut en découler. En tous cas je te remercie de l’intérêt que tu portes à notre musique Frère Kingbee. Marrant _MG_0186comme surnom, j’aime assez !
réalisé en Décembre 2008 et en février 2009 par le Kingbee.
Parue dans le numéro 17 de la revue.

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